Ce n’est pas le niveau qui fait la valeur du souvenir mais le projet…

Le 03/05/2015

Quel est ton meilleur souvenir ?
Mon meilleur souvenir, n’est pas sur une finale ou un titre particulier. Mon meilleur souvenir c’est la ½ Finale de Coupe de France gagnée à Albi avec Clamart. Nous étions les outsiders,  tous les supporters étaient pour Albi. Tout était fait pour qu’Albi remporte ce match-là. Nous nous étions une équipe en devenir constitué exclusivement de jeunes françaises et on gagne la place en Finale. C’est le match qui m’a procuré le plus de joie dans toute ma carrière.
Ensuite, Il y a aussi le titre de Champion de France de l’année dernière (Corinne CARDASSAY est élue meilleure centrale de la finale à 38 ans, très belle performance) avec Bordeaux Mérignac Volley (BMV) dans un autre niveau.
Ce n’est pas le niveau qui fait la valeur du souvenir mais le projet. C’est l’histoire, le parcours pour arriver au titre ou à l’objectif fixé.


Maintenant, tu travailles au CDVB33 et au club de BMV, pourquoi le choix de l’Aquitaine ?
Tout simplement parce que je suis née en région Aquitaine. Ma famille vit dans les Pyrénées et c’est une région que j’affectionne tout particulièrement parce que se sont mes racines.
 Mon histoire avec le Volley ball a commencé ici. Malgré le fait que je suis issue d’une famille où  le rugby est roi.

Comment s’est déroulée ta reconversion professionnelle ?
Elle fut périlleuse comme toutes reconversions professionnelles. Le statut de sportif de haut niveau ne rend pas le parcours plus facile.
Tout au long de ma carrière j’ai toujours poursuivi mes études. J’étais à l’INSEP (Institut National du Sport de l’Expertise et de la Performance) en sport étude. J’ai commencé par une première année de  faculté de philosophie à la Sorbonne. Mais ce n’était pas compatible avec les plages d’entrainements.
Donc j’ai repositionné mon projet de formation universitaire vers le professorat d’EPS. Du coup, j’ai rebasculé vers STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives), qui est une filière beaucoup plus appropriée pour pouvoir suivre des études et une activité de sportive de haut niveau. Je m’étais donné comme objectif d’aller très vite vers un Master pour me donner l’accès à tous les concours. Mais il est très compliqué de suivre étude et parcours pro, surtout dans les sports collectifs. Parce qu’on ne peut pas planifier personnellement son entrainement et du coup on est dépendant du planning d’entrainement qui n’est pas forcément en adéquation avec celui d’un établissement universitaire.  
Puis, la carrière de joueuse professionnelle s’est accélérée et de fait on s’éloigne de la faculté, des bouquins. Lorsque j’ai mis un terme à ma carrière suite à une blessure en 2006, il a fallu se replonger dans les livres, dans la rigueur qu’est de préparer un concours. Et là, ce n’est pas facile. Ce n’est pas facile parce que l’on a une trentaine d’années même plus et que l’on aspire à d’autres choses. Nous n’avons plus  les mêmes centres d’intérêts, ni les mêmes capacités de travail.
Il y a un statut de Haut Niveau qui dit que l’on peut passer le concours du CAPEPS, sans avoir les obligations de diplômes requis.  Mais c’est comme se présenter avec un canasson dans une finale olympique du 100m. Nous avons beau avoir l’élixir s’il n’y a pas d’entrainement derrière cela ne sert à rien. Alors oui,  le dispositif existe mais il n’est pas efficace.


Pourquoi revenir dans le Volley-ball ?
Je me suis épanouie dans le Volley Ball. C’est un domaine qui m’a permis de me construire personnellement, d’avoir confiance en moi, de rencontrer plus de gens. C’est une passion que j’ai depuis toute petite.
Je me suis toujours investie dans  tous les clubs où j’ai joué : encadrement des plus jeunes, création et relation avec le club des supporters etc… Donc, c’est un domaine que je connais bien et ça a un côté rassurant. Lorsque l’on connaît les choses c’est plus facile que de partir dans l’inconnu.
Au début de ma nouvelle vie, je m’étais fixé comme objectif le CAPEPS, parce que le sport c’est pour moi quelque chose d’utilité publique. La transmission, le partage des connaissances,  c’est quelque chose qui m’a toujours plu. Mais, malheureusement, je n’ai pas eu le concours. Je me suis donc orientée vers autre chose. J’ai voulu faire quelque chose qui n’avait rien avoir avec le sport. Je me suis orientée vers les métiers de l’artisanat. Mais on ne s’invente pas artisan.
Alors,  je suis revenue à ce que je connais le mieux et qui me plait le plus, c'est-à-dire le Volley-ball.


Les jeunes licencié(e)s en Aquitaine, connaissent ton parcours. Je pense que c’est une chance et une force pour le Volley-ball aquitain et notamment girondin de travailler à tes côtés. Si demain, une jeune fille ou un jeune garçon vient te voir et de dit que son rêve c’est de devenir joueur ou joueuse professionnel(le), quelles seraient tes recommandations ?
C’est un rêve qui est noble, mais il faut faire très attention, il y a beaucoup de contraintes. Il faut pouvoir avoir les facultés, mais surtout, vouloir s’en donner les moyens. Le chemin est long et semé d’embuches.
Evidemment,  il faut avoir des capacités, je n’aurais pas eu cette taille, ce physique, cela n’aurait peut être pas était  aussi facile. Mais ça n’a pas non plus était donné.
Le talent, pour moi, c’est quelque chose qui est fait pour les rêveurs. Mais à l’inverse lorsque l’on travaille, que l’on se donne les moyens et qu’on a les moyens ;  alors oui, il faut y aller.
Je lui dirai que le  projet d’un sportif n’est pas que le Volley-ball. Les meilleurs sportifs sont les gens qui ont su structurer leurs vies. Et la vie ne se cantonne pas qu’au Volley-ball. Il faut toujours avoir en tête la reconversion. Il y a la vie du sportif mais il y a  l’après sportif. A mon sens, les études sont compatibles et sont indispensables pour réussir. Mais oui, on  va  demander à un sportif de haut niveau de passer un bac en 4  ans à la place de 3, un deug en 3 ans à la place 2 ou un master en 6 ans à la place de 5. Ce n’est pas grave, il ne faut pas avoir peur de ça. L’essentiel s’est de retomber sur ses pattes. Le but c’est de choisir sa reconversion et qu’elle ressemble à ce que l’on est, à ce que l’on veut.
Le plus important est de planifier son projet professionnel et sa reconversion. Quand on a un projet de carrière sportive on ne le voit pas sur une année mais sur 10 ou 15 ans avec des objectifs prioritaires et des objectifs secondaires. Dans la reconversion professionnelle c’est exactement la même chose.


Cela fait 30 ans que tu vis dans le milieu du Volley-ball, comment vois-tu l’avenir du Volley-ball en France et en Aquitaine ?
Le souci à l’heure actuelle c’est un peu le même dans tous les sports. C’est la fragilité des structures de haut niveau et des clubs professionnels.
Aujourd’hui,  il y a eu des avancées notamment sur le Volley-ball féminin parce qu’on part de très loin. Il faut savoir que le Volley-ball féminin,  lorsque j’ai commencé en Equipe de France, nous n’avions pas un statut particulier, nous avions tout juste 15 jours de stage. Il n’y avait pas de convention avec les clubs pour nous libérer. Il n’y avait même pas d’indemnités journalières pour les joueuses.
D’un point de vue de l’entrainement, le fonctionnement de l’Equipe de France, qu’elle soit jeunes ou séniors n’a pas beaucoup plus évolué. Alors que le Volley-ball féminin international a pris une dimension physique qui est énorme. Aujourd’hui, si nous souhaitons devenir compétitives  par rapport aux autres  nations, cela demande beaucoup plus de préparation et d’investissements.
Est-ce que c’est un tableau pessimiste ? Non, je ne pense pas,  parce que vu que l’on part de pas grand-chose, cela ne peut que s’améliorer. A l’heure actuelle, les politiques ministérielles sont orientées vers le développement du sport féminin. Donc, j’aime à croire que pour le Volley-ball féminin ca n’ira qu’en s’améliorant.

Apres, en ce qui concerne la région Aquitaine, il y a une histoire à construire. Actuellement, le Volley-ball n’est pas une activité sportive très implantée dans la Région. Aujourd’hui, on voit  que nous avons des difficultés à maintenir ne serait ce qu’ un niveau de National 2 ou National 3. Donc, il y a toute une histoire à faire. Cela passe par des équipes qui  aspirent vers le plus haut niveau comme les quelques exemples de clubs qui jouent en élite, le plus haut niveau amateur. C’est une culture qu’il va falloir que l’on développe et elle se développera le jour où nous  aurons des clubs, et une équipe de France,  qui sauront marquer l’histoire du Volley-ball local et  français.


D’un point de vue personnel, que pouvons nous te souhaiter pour les années à venir, quels sont tes objectifs ?
De vivre et d’avoir  autant de plaisir et de réussite dans ma nouvelle carrière d’entraineur que celle de joueuse professionnelle.
Mais aussi de voir les « Burdies’ »  aller le plus haut possible,  et y  avoir un rôle d’acteur dans la structure, même si ce n’est plus sur le terrain. Avoir un rôle prépondérant dans l’histoire de ce club, qui,  je l’espère ira au plus haut niveau.
Cela  m’a tellement manqué de ne pas avoir un club professionnel dans ma région. On doit toujours s’exiler pour pouvoir aller chercher le meilleur niveau de jeu. Du coup, j’aspire à ce qu’il y ait des clubs pro en Aquitaine,  permettant aux jeunes d’ici de pouvoir aller le plus haut possible, tout en restant quand même dans cette magnifique région.